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Création d’un kit pour faciliter la scénarisation d’une formation

Doctorant au LISEC, équipe Tec&Co, Emmanuel Burguete a modélisé un kit dans le cadre de sa thèse : il propose une méthodologie de scénarisation visant à renforcer l’acquisition de compétences et de connaissances.

Emmanuel Burguete

Masseur-kinésithérapeute hospitalier pendant 7 ans, diplômé à Bordeaux, Emmanuel Burguete devient ostéopathe D.O.(1) en 2008. C’est son expérience en tant que formateur pour adultes à l’institut d’ostéopathie Eurostéo (Meyreuil) pour les professionnels de santé en reconversion, qui le conduit à s’intéresser aux Sciences de l’éducation et à obtenir une Licence puis un Master Recherche (MIFEF) dans cette discipline en 2019 à l’Université de Rouen.

Depuis novembre 2020, Emmanuel Burguete est doctorant à l’université de Haute-Alsace au Laboratoire Interuniversitaire des Sciences de l’Éducation et de la Communication (LISEC), sous la co-direction internationale de Bernard Coulibaly (Université de Haute Alsace – UHA – France) et Vassilis Komis (Université de Patras – Grèce). Son travail de recherche porte sur la «proposition d’une méthodologie de scénarisation d’un MOOC en microlearning».

Salon Educ@tech

Emmanuel Burguete sera présent au salon Educ@tech le 30 novembre 2022 à 16h (Paris) sur l’espace Carrefour de l’innovation pédagogique avec deux ingénieurs pédagogiques de l’Université de Haute-Alsace (UHA) pour présenter le kit et sa méthodologie.

À travers cet interview, Emmanuel Burguete présente la conception de cet outil destiné aux équipes pédagogiques et revient sur la démarche qu’il a suivie pour s’intéresser à ce sujet qui mêle microlearning et scénarisation dans sa thèse.

Pourquoi vous êtes-vous intéressé au microlearning ?

En tant que professionnel de santé et étudiant, j’ai été très souvent confronté à une grande quantité de savoirs à mémoriser et j’ai toujours cherché des méthodes pour améliorer la capacité de travail et la mémorisation.
Lors de mes études en Licence de Sciences de l’Éducation à l’université de Rouen, j’ai découvert le microlearning et j’ai trouvé que ce concept apportait plusieurs solutions pour l’apprentissage et la création de cours.
Le microlearning est un concept pertinent à la fois pour l’enseignement et pour l’apprentissage qui se présente sous la forme d’expériences éducatives de courte durée formelles ou informelles. Cela implique que lors d’un enseignement, le contenu disciplinaire peut être découpé en une multitude de petites portions. Cette « granularité » permet en effet de prendre en compte des facteurs psychobiologiques comme la fatigue des neurones : l’attention reste focalisée durant un temps réduit et n’engendre pas ainsi d’épuisement dû à un surplus de contenu.
De plus, le découpage du contenu de formation permet de le distribuer en plusieurs parties et donc de ménager des pauses et des liens entre les unités de formation. D’un point de vue physiologique, les pauses permettent la récupération des neurones et favorisent ou consolident les réseaux neuronaux. La variation du rythme devient possible, l’alternance de courts moments actifs et de pauses aide à la mémorisation à court puis à long terme. Il m’a semblé intéressant de chercher comment intégrer ces caractéristiques dans la scénarisation de cours ou dans leur analyse de manière à les rendre plus efficaces. La prise en compte de ces éléments est donc intégrée dans le kit afin de faciliter la mise en place d’une démarche de conception pragmatique pour les concepteurs.

Dans votre thèse, vous vous intéressez particulièrement aux MOOC : quel intérêt présente le microlearning spécifiquement pour les MOOC ?

Effectivement, j’ai trouvé pertinent de faire le lien avec les MOOC, car l’objectif de ces cours est de délivrer un contenu gratuit en direction du plus grand nombre et de la meilleure qualité possible. Pourtant, dans la littérature scientifique autour des MOOC, on constate que de nombreux inscrits ne vont pas au bout de leur formation. Alors, quelle stratégie pédagogique mettre en œuvre pour améliorer l’acquisition et les engager ? Dans la littérature sur le microlearning, on apprend que ce type de dispositif est efficace pour augmenter l’engagement et la mémorisation, en distribuant l’apprentissage, puisqu’il est réparti sur plusieurs semaines avec des contenus différents. Je me suis alors demandé si le microlearning était déjà utilisé dans la conception de MOOC et s’il pouvait être utilisé pour optimiser l’engagement et la mémorisation.

Quels premiers résultats vous a apportés votre partenariat avec France Université Numérique ?

Dans le cadre de ce partenariat, j’ai cherché à répondre à plusieurs questions : peut-on considérer que certains MOOC sont déjà construits sur la base du microlearning ? Est-ce que les concepteurs de MOOC ont la volonté de créer des activités de courtes durées dans les MOOC ?
Dans le cadre de ma thèse, je m’interroge sur cette notion de durée qui est centrale en microlearning : qu’est-ce qui doit être considéré comme une durée courte dans un MOOC ? La notion de durée est très relative et contextuelle, d’autant que les MOOC sont composés de multiples activités dont la durée est difficile à quantifier : à partir de combien de caractères un texte est-il long ou court ? Une évaluation est-elle une activité longue ou courte ? Quand est-ce qu’une vidéo est perçue comme trop longue ?
Au cours de l’année 2021, j’ai examiné 300 MOOC de 2020 avec une grille critériée afin d’évaluer la proportion des MOOC ayant une conception compatible avec le microlearning. Il faut préciser que les MOOC se présentent avec des contenus divers comme des vidéos (souvent majoritaires), du texte, parfois de l’audio (podcasts), mais aussi des activités plus ou moins interactives et bien sûr des évaluations. Bien que le caractère court ou long d’une activité soit difficile à définir puisqu’il dépend du public et du contexte d’apprentissage. La durée d’environ 6 minutes maximale pour une vidéo est souvent conseillée dans la littérature académique pour ne pas nuire à l’engagement. Ainsi, j’ai pu définir deux catégories de MOOC avec d’un côté ceux qui avaient des vidéos de moins de 6 minutes et des activités que je percevais comme courtes et les MOOC qui avaient globalement des activités que je pouvais percevoir comme longues.
J’ai pu conclure qu’environ 30% des 300 MOOC examinés étaient compatibles avec le concept de microlearning. Par ailleurs, j’ai également constaté que certains MOOC qui n’étaient pas obligatoirement en microlearning étaient fortement scénarisés alors que d’autres peu. Effectivement, certains rares MOOC pouvaient être une succession de vidéos sans liens les unes avec les autres quand d’autres pouvaient être conçus avec des activités très variées, voir avec même une minorité de vidéos. Pour comprendre ce phénomène, j’ai ensuite cherché à pondérer ces résultats par une étude qualitative réalisée sous la forme d’entretiens auprès des concepteurs pour mieux comprendre leur stratégie de conception du cours : la faible scénarisation de certains cours pourrait être imputable à des contraintes de temps et de budget, mais aussi parfois à la non-volonté de rentrer dans une pédagogie active. Cependant, la plupart des personnes interrogées exprimaient le souhait de développer davantage la scénarisation. Une petite minorité voulait continuer à faire des MOOC comme ils font des cours en amphithéâtre.
Par ailleurs, les concepteurs interrogés ont très souvent exprimé la nécessité absolue de travailler avec des ingénieurs pédagogiques pour intégrer leur contenu disciplinaire. En effet, face à la médiatisation du cours, les enseignants-chercheurs étaient souvent très heureux et soulagés d’avoir été assistés par eux, tant sur le plan technique que sur le plan de la scénarisation pour réaliser leur MOOC.

Comment est née l’idée du kit de scénarisation ?

J’ai donc interrogé 15 concepteurs de MOOC sur la méthode qu’ils employaient pour scénariser leur cours. La grande majorité utilise des Post-its ou du papier pour proposer une distribution des activités et rarement un ordinateur ou du moins pas dans un premier temps. Comme je venais de modéliser le microlearning pour ma thèse, l’idée m’est alors venue de créer un kit pour leur proposer un outil plus évolué que le post-it afin de les instrumenter dans la structuration de leur pensée et faciliter le développement des bonnes pratiques de conception de cours.
Ce kit qui est complètement fonctionnel, mais encore sous forme de prototype, se présente comme un jeu de société qui permet soit de concevoir un cours en proposant des étapes à suivre, soit d’analyser une formation déjà existante et d’en faire un bilan des réussites et des points d’amélioration.

Comment se présente le kit et comment s’utilise-t-il ?

© Photo UHA

Le prototype du kit qui existe en 26 exemplaires pour les tests a été fabriqué dans un Fablab à Saint-Médard-En-Jalles à côté de Bordeaux (Fablab Copernic). Il se présente sous la forme d’un jeu de société, mais est bien sûr loin d’en être un ! Même si à mon sens c’est toujours agréable de visualiser graphiquement la création ou l’analyse d’un cours ! À l’intérieur, on a donc des pièces et un plateau. Le plateau représente une séquence puis des plaquettes représentent les séances. Avec cela, un certain nombre de pièces dites principales ou secondaires sont à positionner sur la ligne temporelle d’une ou plusieurs séances pour décrire des parcours qui peuvent être vraiment très différents … On peut modéliser des cours en mode présentiel, distanciel ou hybride très facilement. Sur les pièces principales comme sur le plateau d’ailleurs, on peut écrire avec un feutre effaçable un certain nombre de données. Toute cette stratégie de positionnement des pièces engage le formateur à mettre en place s’il le souhaite, il n’est bien sûr pas obligé, une pédagogie par objectifs et active autour d’unités de formations qu’il va distribuer. L‘idée est que le découpage du contenu disciplinaire amène progressivement le concepteur à aller vers une formation qui alterne des activités qui seront perçues comme courtes et engageantes. C’est le cas avec le microlearning quand il est bien optimisé. Les anglophones parlent de Nugget Learning, une formation facile à assimiler comme un nugget et de forte valeur comme une pépite d’or.
Ensuite, pour se concentrer sur le rythme de la formation et sur l’animation, il existe d’autres pièces à positionner autour des pièces principales. On retrouvera par exemple les pièces dédiées à l’évaluation formative qui aideront à mettre en place une stratégie de « testing effect ». Mais aussi on aura des pièces pour les moments de régulations, les rappels, les pauses, etc. Vraiment, l’objectif est de donner un rythme à la formation afin de proposer des temps parfois très actifs ou d’autres plus passifs pour maintenir l’engagement et soutenir la mémorisation des apprenants.
Comme on est dans une pédagogie par objectifs, on va définir des objectifs globaux pour la séquence qui seront évalués à la fin de la formation. Mais aussi pour chaque séance et unité de formation afin de rendre chaque unité de formation utile sur le plan pédagogique, car elle sera autonome. Ces objectifs sont prévus dans le kit pour répondre à différentes taxonomies qui sont aussi bien d’ordres cognitifs, moteurs (par exemple pour un MOOC sur l’utilisation d’un logiciel on va introduire la perception ou la reproduction d’un ensemble de mouvements nécessaires à l’utilisation du logiciel) qu’affectives (recevoir l’information, la valoriser pour en favoriser l’adoption).
Ils permettront de mettre en place un alignement pédagogique très ciblé sur une ou plusieurs dimensions (cognitives, motrice, affective) à la fois sur la totalité de la formation, mais aussi sur chacune de ses unités de formation génériques.
Le kit propose donc de rendre chaque unité de formation autonome, mais le microlearning laisse la possibilité de mettre ensuite ces unités en lien par la suite. C’est ça qui permet de favoriser l’engagement puisque l’on a toujours l’impression que l’on apprend quelque chose.
En plus, quand on est concepteur, une fois que l’on sait à quoi correspond une unité de formation, il devient facile d’en faire un rappel dans le temps. C’est vraiment la base de la mémorisation que de faciliter la consolidation par la réactivation régulière des neurones des apprenants. On peut même imaginer qu’en fonction des résultats à une évaluation formative, on puisse envoyer des courriels différenciés aux apprenants ou même que le parcours change. Peut-être que ce sera l’avenir des MOOC ! Au passage je rajoute que le microlearning ce sont aussi les échanges courts et informels que l’on retrouve dans les forums. Le kit permet de les prévoir évidemment dans les MOOC, mais aussi dans d’autres dispositifs afin de les mettre en lien avec le contenu du cours de façon très ciblée.
En somme, avec ce kit de conception et d’analyse de cours, on peut modéliser / scénariser différentes séances selon les principes du microlearning. C’est un outil qui semble très pertinent lors de nos tests pour des créations collaboratives, car il permet de poser des idées de façon graphique puis d’échanger sur ses stratégies en mobilisant les pièces.

Ce kit est un projet universitaire. En partenariat avec FUN, Emmanuel Burguete recherche trois équipes pédagogiques qui accepteraient de le tester dans le cadre de la création d’un nouveau cours en ligne ou pour analyser un cours déjà existant dans l’objectif de le refondre. Ultérieurement, le kit sera commercialisé au profit de l’université de Haute-Alsace.

Si vous faites partie d’une équipe pédagogique qui diffuse sur FUN et que vous souhaitez participer au test, contactez FUN sur l’email suivant : pooky.thai@fun-mooc.fr

NOTES :
(1) Ostéopathe D.O. : atteste la validation d’un mémoire de fin d’études d’ostéopathie après un cursus de 5 années

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