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Ouvrir le code, what else ?

Last updated on 20 mai 2022

Depuis sa création, FUN utilise des logiciels open source et contribue à différents projets et communautés du libre. À l’occasion du renouvellement du groupement en 2020, FUN a souhaité que cette démarche soit inscrite dans sa convention constitutive.

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L’open source est une approche technique, mais qui peut recouvrir d’autres enjeux méconnus, méthodologiques, organisationnels et politiques.

Approche Open source et logique collaborative comme levier de transformation de l’écosystème de l’ESR

La transformation numérique telle que proposée par le rapport Bothorel, la circulaire du Premier Ministre relative à la politique publique de la donnée, des algorithmes et des codes sources, et le plan d’action logiciels libres vise à favoriser l’usage du logiciel libre, à accompagner les administrations, animer une communauté et un réseau, et valoriser les contributeurs.

Toutefois, l’open source, pour avoir le meilleur impact (pouvoir être rendu visible, réutilisé, amélioré, et le cas échéant exploité par l’écosystème public de l’éducation et les acteurs du secteur privé), doit être pratiqué à l’état de l’art (en anglais, sur un dépôt public, assorti d’une documentation, de tests, de peer reviews, d’ingénierie issue d’une co-construction, etc.). Cette approche permet également une dissémination plus large du code, et donc la création d’une communauté plus riche, à l’échelle internationale et à l’heure de la structuration d’universités européennes.

Par ailleurs, la nouvelle politique de l’Etat vise à généraliser l’usage du cloud (Légifrance): il s’agit in fine de proposer des solutions mutualisées en SaaS, accessibles à grande échelle. Les solutions doivent donc être sécurisées, robustes, scalables, disponibles, et s’appuyer en conséquence sur les techniques et pratiques permettant ce type de déploiements (docker, kubernetes, object storage,…).

Pour atteindre ces objectifs, il est nécessaire de transitionner d’une culture « admin-sys/réseau » à une culture « dev« . Dans cette dernière, l’hébergement est entièrement automatisé et optimisé, ce qui permet de rediriger les ressources vers le développement de fonctionnalités et l’innovation. FUN a suivi cette transformation de 2018 à 2020 : nous avons sécurisé et automatisé les différentes briques logicielles, puis relancé l’innovation sur nos applications tout en améliorant les performances et la fiabilité de la production.

Dans l’enseignement supérieur et la recherche, la mutualisation des moyens humains permet aussi de gagner en efficacité et en marges de manœuvres financières : les universités par exemple emploient des développeurs, qui connaissent la réalité de terrain et peuvent contribuer à des projets communs (à l’image des initiatives portées par AMUE, ESup,…). Les opérateurs publics nationaux pourraient s’appuyer systématiquement sur l’expertise de ces agents, pour le besoin de projets ponctuels et dans leurs domaines respectifs, avec les mécanismes permis par la structure juridique des groupements.

Enfin, cette approche, qui suppose l’usage de solutions open source maitrisées, n’est pas incompatible, bien au contraire, avec des interactions fortes avec les solutions innovantes des startups de la EdTech. Ainsi, s’il parait nécessaire pour un opérateur public comme FUN de maitriser la technologie qui est au cœur de son activité (par ex. son LMS), il est également indispensable d’être ouvert aux innovations qui enrichissent l’expérience d’apprentissage. Cela est possible grâce à l’utilisation du protocole LTI (Learning Tools Interoperabilty) pour interopérer facilement une solution externe et un LMS, en automatisant et contrôlant le transfert d’informations avec les solutions des EdTech. 

Il s’agit donc d’une logique qui doit allier le développement de communs numériques, associés à des services commerciaux, rapprochant ainsi par exemple acteurs publics et entreprises de la EdTech. Cela peut s’illustrer notamment par des services : 

– bâtis sur et grâce à des communs numériques : standard xAPI, librairie pour faire un provider LTI, librairie de form builder;

– utilisant des outils et solutions auxquels FUN a contribué : une EdTech qui fait un catalogue avec Richie, une autre qui utilise Ralph pour traduire les évènements xAPI de son LMS, etc. 

– offerts par des EdTech via LTI à des universités dont les cours sont hébergés sur FUN. 

Gouvernance stratégique et gouvernance technique éclairée

Ces deux approches (culture du développement et mutualisation des moyens) devraient être impulsées par une articulation entre une gouvernance stratégique qui porte la vision et les objectifs, et une gouvernance technique éclairée, qui s’appuie sur une expertise opérationnelle de « makers« .

Une telle articulation se retrouve à une échelle interministérielle (DINUM, DITP,…), et le modèle pourrait être décliné à la fois au niveau ministériel (DGESIP-DGRI), sectoriel (MEN-MESRI), avec une politique ambitieuse et assumée, dans le cadre des feuilles de route sur la Politique des données, algorithmes et codes sources.

Concrètement, nous recommandons qu’à l’instar des projets open source à succès, la mise en œuvre des projets décidés par la gouvernance stratégique se fasse sur un mode collaboratif plutôt que pyramidal, en respectant le fait que ceux qui contribuent décident, avec l’implication des acteurs de terrain via des ateliers de design thinking par exemple.

Une gouvernance technique au niveau du ministère pourrait diffuser les « best practices » et former les développeurs afin qu’ils collaborent efficacement et à l’international : il s’agit de reproduire à l’échelle du secteur public français ce que font les grandes entreprises de la tech lorsqu’elles embauchent des développeurs de projets open source pour qu’ils continuent de contribuer au projet, avec pour seul calcul de bénéficier des avancées apportées au logiciel puisqu’elles en sont utilisatrices.

Appliqué à l’ESR, ce mode de gouvernance, par la mise à disposition de développeurs des universités pour contribuer à un projet open source est vertueux et créateur de valeur : 
• Les « manageurs » ne font pas d’ingérence ou de pression par les délais. L’équipe projet est responsable des évolutions du code dans le respect des bonnes pratiques afin de garantir un code de qualité et procède par itérations successives en faisant des releases régulières avec de nouvelles fonctionnalités ;
• Les décisions sont prises avec les utilisateurs intervenant directement auprès de la gouvernance du projet ;
• L’équipe projet est riche de l’expérience de chaque université ;
• Le code produit n’est pas spécifique à une université mais fait la synthèse de tous les besoins fonctionnels et respecte les standards d’interopérabilité pour permettre d’interconnecter différentes briques logicielles et de s’intégrer avec le SI des universités.

Le Partenariat pour un Gouvernement Ouvert prévoit, parmi sa liasse d’engagement, la formalisation d’une politique sur les logiciels libres, du MESRI et de l’ESRI ; ces dimensions techniques, méthodologiques et organisationnelles pourraient y être pleinement intégrées pour s’appuyer sur les experts de terrain, au service des projets et politiques publiques.

Note : cet article est issu d’une contribution rédigée par FUN suite à son audition par la mission diligentée par le Premier Ministre sur le numérique éducatif en octobre 2021.

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